Posts Tagged ‘Kurdistan

01
Août
09

Retour au Kurdistan

J’avais rencontré Issa en Irak, l’hiver dernier, alors que je faisais mon reportage sur l’université de Dohuk. Nous avions passé une merveilleuse soirée en compagnie de ses amis également étudiants.

En nous quittant le lendemain, nous nous étions promis de nous revoir, et notamment que je viendrais dans son village natal, en Turquie, près de Sirnak.

Chose promise… j’ai donc entrepris cet été le long voyage qui me mènerait jusqu’à sa maison familiale, où son père, sa mère et ses frères et soeurs m’accueillirent avec une chaleur et une hospitalité inoubliables.
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On a crapahuté dans la montagne toute la journée

On a crapahuté dans la montagne toute la journée, et en attendant de dîner, on se détend au salon

Sover, le petit frère d'Issa sous la photo d'aînés

Sover, le petit frère d'Issa sous la photo d'aînés

Le plus jeune des frères s'amuse à vélo devant l'entrée de la maison

Le plus jeune des frères s'amuse à vélo devant l'entrée de la maison

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02
Oct
08

Dans le train, de Diyarbakir à Ankara

En quelques trente heures, la TCDD me mènera de Diyarbakir à Ankara. Les paysages autour d’Elazig et de Malatya sont superbes (région des grands travaux du GAP, barrages).

Paysage du nord du Kurdistan

Paysage du nord du Kurdistan

01
Oct
08

Quitter le Kurdistan, ou les enfants « chics » du quai.

Le panneau de la gare

Le panneau de la gare de Diyarbakir, ce qui veut dire pour moi, aujourd'hui : départ...

Le jour du départ finit par arriver.

( Je ressens une étreinte au coeur qui me rappelle l’enfance : quand je devais quitter l’un de mes parents pour rejoindre l’autre, et que la joie de retrouver une mère était assombrie du chagrin et de la culpabilité de quitter un père. Mais peut-être que je n’étais alors tout à fait en paix avec moi-même, ou plutôt en moi-même, que lorsque j’étais ainsi : en partance – entre deux vies qui n’étaient ni l’une ni l’autre pleinement miennes, soit avec mon père à Paris, soit avec ma mère en Province. J’aimais alors ces interstices de solitude et d’indépendance. De l’un à l’autre – préservé. )

Je quitte donc aujourd’hui le Kurdistan et je sais que c’est pour retrouver mon compagnon à Paris. J’ai prévu un long voyage de quatre jours, et le retour commence à la gare de Diyarbakir.

J’attends une bonne heure sur le quai de la gare.

J’ai acheté des provisions pour ces trente heures de trajet entre la capitale du Kurdistan turc et Ankara, l’anatolienne. Outre les biscuits, j’ai enfin cédé aux chips. En attendant le train qui accuse déjà un long retard, je les picore.

En face de moi, il y a un groupe de six femmes accompagnées de huit enfants, dont trois bébés, et de deux hommes, l’un jeune, l’autre d’âge moyen, tous les deux moustachus. Ce groupe a un impressionnant bagage composé d’un bonne quinzaine de ballots dans de gros sacs à grains récupérés. Ils viennent de la campagne. Les femmes sont assises au sol, certaines bercent leur bébé.

Les enfants jouent entre eux, et je les observe, de la plus petite (deux ans et demi ?) à la plus grande (huit ans ?). L’aînée jette un oeil sur mes chips. A la manière kurde, je lui en propose, évidemment, comme on le fit cent fois auparavant à mon adresse. Un cadet rejoint la petite fille et prend sa chips. Puis un autre, et encore un autre. Sur les cinq enfants, quatre sont venus goûter au croustillant « goût paprika » hyper-salé qui les ravit, comme moi.

Quatre sur cinq : la petite dernière n’a pas osé aller vers le grand étranger blond.

Les aînés iront donc la chercher sur le quai, et l’accompagneront jusqu’à moi, pour qu’elle ait elle aussi, toute petite et menue, sa part, comme les autres. Ils lui apprendront à oser. Ils lui apprendront qu’elle a elle aussi le droit à sa part, et l’accompagneront sans la léser.

Et je me suis dit que ces enfants étaient « chics » comme on disait autrefois.

01
Oct
08

Atef, l’immigré kurde expulsé d’Allemagne.

Je traînais du coté des remparts, pas très clair sur mes propres intentions, ni sur celles que j’espérais rencontrer. Il était déjà bien tard, et les enfants couchés, quand il a surgi, Ataf, du coin de la rue noire vers le bout de trottoir où j’errais. Grand, mince, félin, jeune, et avec quelque chose de pas tout à fait « couleur locale » dans l’allure, quelque chose d’étranger qui collait à ses gestes, à ses vêtements, à sa personne.

Ataf s’adresse à moi en allemand, directement. Il me demande d’où je viens, et quand je lui dis « France », il me répond Metz ou Strasbourg. Je comprends qu’il a émigré et vécu en Allemagne, il me précisera que c’était près de Francfort.

Il tient ici une épicerie qui fait un peu peine : quelques savons alignés, d’inévitables chips (cancer mondial de l’alimentation) et le frigo avec l’eau minérale, le Fanta et le Coca. Qu’à cela ne tienne ! Ataf m’invite à m’installer tout au fond de la boutique, me demande mon métier, me fait servir un thé, et dit aux deux jeunes qui sont là que je viens d’Europe comme si j’étais quelqu’un de très important. Ataf a l’air ravi de voir un européen si tard ce soir-là, dans ce quartier pas complètement adapté au tourisme nocturne. Il semble même soulagé, soulagé d’un poids insupportable…

Je vais assez vite apprendre de quoi il retourne.

Ataf était arrivé en Allemagne à l’âge d’un an. Il y avait fait ses études (succintes) et puis avait mal tourné : petite délinquance, bagarres, trafics divers. Son parcours allemand s’achève sur une condamnation à quatre ans de prison, suivis d’une expulsion. Il n’emportera que ses souvenirs, ses regrets, et le prénom d’une jeune fille tatoué sur son biceps droit : Kirsten.

Je n’ai jamais compris le sens d’une expulsion d’un étranger ayant grandi chez nous, et la détresse de cet homme dont je réalise vite qu’il est en pleine dépression me saisit d’effroi. Sans repère dans ce pays qui n’est plus le sien, et privé de son pays réel, celui où il a grandi et appris à vivre, cet homme n’a d’autre choix que le désespoir le plus absolu, et l’on ne condamne pas au désespoir.

Je lui demande ce que je peux faire pour lui. Il me répond « Nichts » et me serre contre lui.

30
Sep
08

Les caravansérails

Deux caravansérails ont été rénovés : le Hassan Pacha (face à la grande mosquée) et le Buyuk Kervansaray, un peu plus loin en allant vers l’extérieur de la ville.
Le premier accueille des boutiques d’artisanat local et de très jolis cafés, le second un hôtel-restaurant assez classe (80 YTL en single, 120 YTL en double).
Dans l’un et l’autre endroit, on goutera une indéniable douceur de vivre (luxe et « authenticité » programmée).
Pour ma part, la rue, son spectacle et ses rencontres me font un autre appel, moins résistible.

Vue du Caravansérail

Vue du Caravansérail

30
Sep
08

Les remparts de la ville

Diyarbakır est ceinte de remparts qui font la fierté de ses habitants. Ces fortifications ne sont pas seulement longues, elles sont également épaisses et avec une structure complexe. Pour qui ne craint ni la compagnie des mauvais garçons, ni les chutes de pierre, il est possible d’y pénétrer, de découvrir ses couloirs et même de monter au dessus. Pour ma part, j’ai préféré rencontrer les mauvais garçons en contre-bas des murailles, car je crains… les chutes de pierres.
Autrefois de nombreux restaurants s’étaient adossés à la muraille. Il y a une dizaine d’années, la municipalité a entrepris de rénover l’ensemble, et de détruire les cahutes « restaurants » afin d’y installer des jardins.
On s’y promène de jour comme de nuit.

Vue des remparts sous le ciel menaçant

Vue des remparts sous le ciel menaçant

30
Sep
08

Bayram

Aujourd’hui c’est Bayram, la fête qui suit la fin du Ramadan.
Les enfants, tout excités, jouent à la guerre avec Uzi, Beretta et autres Kalachnikovs de plastique et des pétards qui explosent à tout moment dans les rues de la ville.




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