Posts Tagged ‘jeunesse kurde

01
Mai
09

…de tous les pays, unissez-vous !

Présents à Ankara pour ce premier Mai, Denis et moi, décidons d’assister au cortège de la même manière que nous y aurions participé à Paris. Le temps n’est pas de la partie, et les grosses averses s’accumulent sur notre chemin. A notre arrivée au lieu de rendez-vous, après le passage impressionnant du check-point policier, nous ne trouvons qu’une petite foule autour d’un podium. Ce moment me rappelle une des scènes de 1900, le film de B. Bertolucci, quand les rues sont vides avant le cortège funéraire des victimes de l’attentat fasciste contre la Maison du Peuple. Je suis alors déçu et angoissé. Ainsi donc, le 1er mai ne serait plus ici qu’un souvenir… et nous patientons une bonne heure, désoeuvrés et désolés.
Mais le speaker sur le podium finit par interrompre la musique traditionnelle retransmise par les hauts-parleurs depuis que nous sommes là, et d’une voix grave, forte, chaleureuse, d’une voix dont la seule évocation me donne encore la chair de poule, lance un vibrant « Hos Geldiniz ! Hos Geldiniz ! » Et la petite foule, alors, d’applaudir. A qui donc lance-t-il ce « bienvenue, bienvenue ! » ?
Je me tourne vers la gauche et je comprends : tout au bout de l’avenue, encore au loin, se masse une foule colorée de drapeaux et de banderoles. On en entend déjà la clameur, et elle semble infinie.
C’est une marée humaine qui vient de la ville et envahit l’immense boulevard où nous sommes. Ils sont partis de leurs usines, de leurs écoles, de leurs universités, et chaque petit cortège s’est joint à d’autres, n’en formant plus qu’un, énorme. Ils sont drapeaux au vents, casques de travail sur la tête, fiers et droits. Ils arrivent par dizaines de milliers. « Hos Geldiniz ! Hos Geldiniz ! » Une larme coule sur ma joue. Sentiment submergeant d’appartenir à une classe. Sentiment d’internationalisme et de fraternité humaine. Je suis fier que nous soyons là.
Bientôt sur la place, nous serons dans une foule compacte et joyeuse. On danse, filles et garçons, en cercle. C’est vivant et beau. Puis ce sont les gays qui arrivent, avec leurs sifflets et leurs drapeaux arc-en-ciel. Ils me disent leur joie d’avoir été admis dans le cortège, et je fais la bise à l’un d’eux, entre soutien et amitié instinctive. Enfin j’aperçois les jeunesses démocrates, c’est à dire du mouvement pacifiste kurde de Turquie, et je vais vers eux.
A peine leur ai-je adressé la parole qu’un flic en civil me demande ce que je fais-là… Je lui dis « rien », tourne les talons, puis me retourne à nouveau avec mon appareil photo bien en mains, « problem ? » Je sais que cet air arrogant, de celui qu’on apprend quand on a déjà été battu et qu’on ne le craint plus, peut me valoir des problèmes, mais qu’il dissuade aussi les cons. D’une main, il me fait signe que « ça va », et nous en resterons là.

Seyhmus est avec nous, un peu perdu. Il vient d’une petite ville kurde et arabe du sud-est du pays et n’a pas l’expérience d’une mobilisation à visage découvert. C’est la première fois qu’il participe à une manifestation de ce genre. Je ne sais ce qu’il en pense – mon ami est secret, défendu.

L’ordre de dispersion est donné deux heures plus tard. Nous quittons les lieux. Restent alors les policiers face aux anars… Il y aura quelques bris de verre.

Pour nous, les vacances reprennent, mais le lien avec ce pays est désormais plus fort.

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