Archive for the 'Bitlis' Category

25
Sep
08

Nouvelle soirée de Ramadan

Fayet vient me chercher à l’hôtel comme comme convenu, à 16h30, après avoir pris congé de ses élèves et du collège. Je suis un peu en retard : le marchand de disques m’a retenu quelque temps auparavant en chargeant tous les titres de la musique kurde actuelle sur ma clé USB, et en refusant, malgré mes demandes, de faire payer un centime à l’étranger de passage.

Fayet m’emmène chez lui, où nous déposons mon sac à dos, et nous partons faire les courses du dîner. Il m’est encore une fois impossible de participer aux frais. En insistant, je manque de froisser mon hôte : me gâter d’un bon repas lui fait autant bonheur qu’à moi. Tout en ayant le sentiment que c’est injuste, je me laisse porter par l’esprit entier de Fayet : ne décider de rien, bénéficier de tout, voilà mon statut pour un soir.

Les deux cousins nous rejoignent vers 17h30 et finissent de préparer le repas. La rupture du jeûne aura lieu à 18h20 : en attendant, tout le monde s’offre un petit bout de pain, la stricte observance n’étant pas vraiment notre fort.

À table (si l’on peut dire, car on mange sur une nappe posée sur un tapis), on aura, avec la chorba et la salade, du poulet grillé aux épices. En tant qu’invité, les copains ne me laissent manger que les filets, le « blanc », et tant de délicates attentions laissent l’occidental que je demeure, entre ravissement et gêne profonde. Pacha d’un soir, shooté au bonheur d’être là…

La nuit tombée, nous partons au village tous ensemble. On prend une table avec des tabourets bas, sur la petite place, face à la poste et à la vieille mosquée (XIIème siècle), là où tout le village semble se retrouver. On boit du thé, on picore des pistaches, et j’achète des gâteaux au miel en trompant la vigilante hospitalité de mes amis. Je m’entends dire que « I should not » et de répondre que « May be, but I did it ».

Plus tard, Fayet décide de m’emmener voir d’autres amis, sur une terrasse. Des profs également. Dans les petites rues qui nous séparent de cet endroit, je manque de tomber, et trouve le bras de Fayet. Je m’y accroche, et mon ami, avec son coude, serre ma main contre lui et me sourit. J’ai un instant l’impression que nous avons tous les deux quatorze ans, et que nous sommes livrés à la confusion des sentiments de cet âge-là. Mais non, et nous arrivons après une courte marche qui eut quelques secondes seulement le goût de l’éternité. Les collègues prévenus d’un coup de fil nous attendent.

Le Kurdistan, la liberté, la France, le socialisme, la guerre, me voilà convoqué sur cette terrasse de village, à ce grand tribunal de l’Histoire, témoin de ce que je n’ai fait que deviner, partisan circonspect, amant timide de tout un peuple, le peuple kurde, moi, français si peu et tellement.

La révolution attire les garçons fragiles à la présence des leurs, comme la lumière un papillon, et on ne raisonne pas plus le battement d’ailes d’un insecte près d’une lanterne que celui d’un coeur qui vibre sous les yeux de braise d’un inconnu engagé. On épouse une cause, on la comprend après. L’émotion est d’abord celle d’un corps qu’une main étreint sans relâche. Avec les profs de Bitlis, ce soir-là, j’ai parlé d’émancipation et de culture, d’avenir radieux et de justice, et j’ai aimé l’un d’eux, l’un de ces hommes, plus que tout autre, l’un d’eux et tous les autres.

Au matin, quand nous nous sommes éveillés, un hélicoptère de l’armée turque tournait autour du village silencieux dans un bruit effarant et déjà monotone.

Parmi mes nouveaux amis

Parmi mes nouveaux amis

Et ainsi toute la soirée qui s’est terminée tard.

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24
Sep
08

Dernière journée à Bitlis

Sous le charme, j’ai décidé de rester.

Mention spéciale au hammam de Bitlis, superbe et ancien. Le costaud Hassan fait des massages oscillant avec science entre la vigueur la plus virile et la caresse fraternelle. L’ambiance est sympa et j’ai discuté une heure dans la salle de repos. Il en coûte 8 YTL.

Une entrée

Porte d'une maison arménienne

Vue sur la ville

Vue sur la ville

Le hammam

Le hammam

24
Sep
08

Soirée de Ramadan

Passée dans une famille et au café. Je découvre l’hospitalité kurde.

Le repas du soir

Le repas du soir

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23
Sep
08

Un hôtel très agréable

J’ai trouvé un hôtel très agréable avec un accueil charmant et un confort des plus corrects.

L'hôtel

L'hôtel

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23
Sep
08

Une deuxième journée à Bitlis

Le soleil au petit matin était resplendissant puis la pluie est arrivée, salutaire.

22
Sep
08

Bitlis

La rivière semble se faufiler entre les montagnes brun-clair. La route épouse les formes du cours d’eau. Le bus tourne et vire. Et puis, soudain, la petite ville de Bitlis se découvre.

En fond de vallée se dresse un piton rocheux : c’est là qu’est née Bitlis, d’abord simple place forte en à-pic de la rivière, puis se bâtissant le long du lit du cours d’eau, puis sur le cours d’eau lui-même, et enfin en s’accrochant aux montagnes à l’entour.

Voilà encore un siècle, vivaient ici Arméniens et Kurdes. En témoignent, autant les mosquées anciennes (XIIème siècle) que les maisons arméniennes, nombreuses et aujourd’hui habitées par des kurdes. On ne fait pas mystère de ce qui s’est produit ici, voici quatre-vingt-dix ans : ils ont été tués ou ont dû fuir, eux, les chrétiens, les arméniens. On a pris leur place et pillé leurs biens. Ce confins d’Arménie a disparu dans la violence et le sang.

Et pourtant, et je sais bien la cruauté de ces mots en regard de l’histoire, j’ai passé à Bitlis quelques jours heureux, doux, amicaux, même s’il est vrai qu’un conflit en a chassé un autre, et que les kurdes aujourd’hui ont fort à faire pour tenter d’exister.

Je suis d’abord monté au nord de la ville, contournant la citadelle. Je me suis approché du mausolée et de la medersa. Les enfants présents dans le jardin m’ont fait entrer, à grand renfort de « Hello, hello, what’s your name ? » et autres « Abey, abey… ». La beauté de la pierre, noire, me fascine, la joie des enfants, leur grâce, m’enchantent. Mais le piaillement des gosses attirent trois gendarmes, ce qui, au kurdistan turc n’est pas forcément de bon augure. L’un d’eux se détache : il est grand, blond, de beaux yeux acier – des ancêtres venus du Danube, pense-je. Il m’interroge, d’où je viens, et quand je lui dis venir de France, il m’assure d’un chaleureux « Bienvenue en Turquie », en français. Concurrence des accueils en cette terre de culture disputée.

Je redescends dans la ville basse.

C’est l’heure de la rupture du jeûne. La ville, quelques minutes avant, se vide, se fige. Le soleil se couche. Quelques rares véhicules foncent, à toute allure, probablement pour rejoindre leur maison, et pressés de ne pas rater ce moment.

Pour ma part, je dînerai dans un petit restaurant au centre ville : une chorba et un ragout de mouton aux légumes. Comme mes voisins de table, peu causants et affamés, je tremperai lourdement mon pain dans la sauce rouge, délicieusement grasse et pimentée, je me régalerai du goût des légumes et de la force de la viande. Et quand j’aurai fini, mon compagnon d’en-face m’adressera un de ces beaux sourires, sombres et peu assurés.

La nuit est tombée quand je m’acquitte de mes six livres turques, et sors du restaurant pour traîner dans la ville basse. Je découvre dans la nuit ses monuments, ses mosquées au bord de l’eau, ceintes de petits jardins, ses maisons anciennes mêlées à d’autres très récentes. Je m’aventure dans les ruelles trop sombres, en escaliers, défoncées, et où l’on accède à un enchevêtrements de maisons et de terrasses. Je trébuche sur une pierre. Un vieil homme m’apostrophe : probablement me dit-il de faire attention à moi.

Je reviens aux artères plus sûres d’en-bas.

L’été se prolonge. Il fait encore chaud ce soir. Partout sur les trottoirs, on est assis sur de petits tabourets, on boit du thé, on parle… On ? Les hommes bien sûr. À Bitlis, je ne verrai aucune femme le premier soir, pas même une femme voilée. La ville est masculine. On m’interpelle souvent. On me serre la main. Les gens sont contents d’avoir de la visite et de croiser un étranger. On m’invite à boire un thé. On baragouine en anglais et en turc pour essayer de nous comprendre.

Avec l’un de mes hôtes, je sors mon dictionnaire de Langues O. Il me demande ainsi si je suis marié, si je suis ici tout seul, et puis il me dit que je suis beau. Je rougis au compliment (très exagéré, voire faux), et ma rougeur le fait sourire.

C’est son sourire noir que j’emporterai ce soir-là dans mes rêves.

22
Sep
08

De Van à Bitlis

À une centaine de kilomètres de distance, par la route, il a fallu pas moins de trois heures en dolmuş pour aller de Van à Bitlis. Mais le paysage sur le lac et les montagnes et volcans est magnifique.

Le vent soulève la poussière des sols desséchés.

Le lac de Van

Le lac de Van

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