Archive for the 'Gare' Category

01
Oct
08

Quitter le Kurdistan, ou les enfants « chics » du quai.

Le panneau de la gare

Le panneau de la gare de Diyarbakir, ce qui veut dire pour moi, aujourd'hui : départ...

Le jour du départ finit par arriver.

( Je ressens une étreinte au coeur qui me rappelle l’enfance : quand je devais quitter l’un de mes parents pour rejoindre l’autre, et que la joie de retrouver une mère était assombrie du chagrin et de la culpabilité de quitter un père. Mais peut-être que je n’étais alors tout à fait en paix avec moi-même, ou plutôt en moi-même, que lorsque j’étais ainsi : en partance – entre deux vies qui n’étaient ni l’une ni l’autre pleinement miennes, soit avec mon père à Paris, soit avec ma mère en Province. J’aimais alors ces interstices de solitude et d’indépendance. De l’un à l’autre – préservé. )

Je quitte donc aujourd’hui le Kurdistan et je sais que c’est pour retrouver mon compagnon à Paris. J’ai prévu un long voyage de quatre jours, et le retour commence à la gare de Diyarbakir.

J’attends une bonne heure sur le quai de la gare.

J’ai acheté des provisions pour ces trente heures de trajet entre la capitale du Kurdistan turc et Ankara, l’anatolienne. Outre les biscuits, j’ai enfin cédé aux chips. En attendant le train qui accuse déjà un long retard, je les picore.

En face de moi, il y a un groupe de six femmes accompagnées de huit enfants, dont trois bébés, et de deux hommes, l’un jeune, l’autre d’âge moyen, tous les deux moustachus. Ce groupe a un impressionnant bagage composé d’un bonne quinzaine de ballots dans de gros sacs à grains récupérés. Ils viennent de la campagne. Les femmes sont assises au sol, certaines bercent leur bébé.

Les enfants jouent entre eux, et je les observe, de la plus petite (deux ans et demi ?) à la plus grande (huit ans ?). L’aînée jette un oeil sur mes chips. A la manière kurde, je lui en propose, évidemment, comme on le fit cent fois auparavant à mon adresse. Un cadet rejoint la petite fille et prend sa chips. Puis un autre, et encore un autre. Sur les cinq enfants, quatre sont venus goûter au croustillant « goût paprika » hyper-salé qui les ravit, comme moi.

Quatre sur cinq : la petite dernière n’a pas osé aller vers le grand étranger blond.

Les aînés iront donc la chercher sur le quai, et l’accompagneront jusqu’à moi, pour qu’elle ait elle aussi, toute petite et menue, sa part, comme les autres. Ils lui apprendront à oser. Ils lui apprendront qu’elle a elle aussi le droit à sa part, et l’accompagneront sans la léser.

Et je me suis dit que ces enfants étaient « chics » comme on disait autrefois.

Publicités
18
Sep
08

A bord du Van Gölü Ekspresi

Je préfère prendre le train. À moins qu’en fait je préfère prendre le temps… ce qui revient à peu près au même pour qui s’aventure ailleurs que dans un TGVland. Ne voyez-là aucune crainte particulière vis-à-vis de l’avion, ou quelque sens aigu de l’économie ou bien une de ces fascinations enfantines pour le chemin de fer qui se prolongerait bien au-delà de l’âge « légal ». Non. Je préfère entrer doucement en Turquie, et le rail permet cette approche patiente.

Le pays ne se donne pas, pas d’un coup. Il est pudique. Il s’échappe de qui prétendrait l’étreindre sans ménagement. Les raiders, sportifs et voraces, les aventuriers pour qui tout voyage est une expédition virile, en seront pour leurs frais, car la Turquie les ignore, discrètement, poliment. Ce pays exige le temps du désir, et c’est pourquoi j’utilise ses grandes lignes, interminables.

Des heures et des heures, contemplatives, extatiques, à voir l’Anatolie s’ouvrir au regard, sentir peu à peu qu’on se détache de tout passé et que cette terre nouvelle nous absorbe, nous aspire, et qu’en même temps qu’on y pénètre – de gares du bout du monde, comme abandonnées et dont surgit pourtant un chef, casquette rouge, drapeau vert, à ces villages perdus, ou seuls les toits des mosquées rutilent – on devient peu à peu prisonnier de l’infini : voilà l’expérience première, l’expérience anatolienne. Celle du train express en Anatolie.

J’ai donc pris le Vangölü ekspresi, lundi soir. C’était la première fois. Je sais que je recommencerai tant l’expérience fut forte.

La ligne est la même que celle de l’Erzurum ekspresi sur la première moitié du trajet (Istanbul, Ankara, Kayseri, Sivaş), puis on met le cap au sud-est, en direction de Malatya, Elaziğ, Muş et, enfin, Tatvan. On accomplit un tel périple en un peu moins de deux jours (j’ai mis 45 heures, escales techniques comprises…).

Je recommande au voyageur les paysages de montagne, après Malatya et jusqu’aux environs de Muş. En suivant le cours du Murat Nehri, on y découvre les fameux lacs artificiels, nés du plus grand projet hydro-électrique actuel (le GAP), on s’aventure dans des vallées parfois si étroites qu’on a l’impression que les wagons vont heurter la roche brune ou rouge (à moins qu’on ne craigne de valser vers le ravin comme en témoignèrent trois wagons épaves à mes yeux qui n’en reviennent toujours pas), et alors soudain, au détour d’un tunnel, voici une plaine, un lac qui s’étend, les champs encore verts à la fin de l’été – miracle de l’irrigation.

Au milieu des montagnes, à Beyhan, le train s’est longuement arrêté : nous avons raccroché ici des wagons du train qui mène en Iran. Une dame en tchador, dans son compartiment, m’a souri. J’ai répondu à son sourire, j’ai mis la main sur mon cœur en m’inclinant légèrement. Deux inconnus qui croient à la paix, et s’en témoignent mutuellement. Et pourtant, le train n’a pas pris que des voyageurs ordinaires. Une foule d’hommes en armes (mitraillettes, gilets pare-balles kakis) a pris place dans le train, en escorte de sécurité. Ils sont restés avec nous jusqu’à Tatvan. Je me suis dit qu’on approchait du Kurdistan.

Quelques heures après, je découvrais le volcan Nemrut, et immédiatement le lac de Van. J’étais donc arrivé : nous étions mercredi, 17h30.

18
Sep
08

Au buffet de la gare d’Haydarpaşa

Quand commence le voyage en Turquie ?

Dès qu’on s’autorise à le rêver, traçant des itinéraires imaginaires et que défilent en nous les destinations possibles, comme autant de propositions, d’invitations faites à soi-même ? Lorsqu’on acquiert le Guide du Routard et son complément Gallimard, et qu’on feuillette les livres avec gourmandise, glanant l’info, la recoupant, la vérifiant sur internet ? Lorsqu’on se décide à acheter son billet d’avion sur Opodo.fr ? Non, pas encore, le voyage n’a pas vraiment commencé.

Peut-être le voyage débute-t-il au matin du départ : réveil qui sonne, un rien d’angoisse et beaucoup d’enthousiasme… vite, vite vers l’aéroport ? Non, le voyage n’a toujours pas commencé.

Il faut alors avoir atterri, et vu les drapeaux rouges et blancs claquer au vent de la terre turque ? Ou bien faut-il avoir présenté son passeport au policier qui fait alors lourdement tomber son tampon sur la page encore vierge ? Non, là vous êtes bien en Turquie mais le voyage, le vrai voyage, lui, n’a pas commencé.

Je sais : le voyage commence après le bus Havas qui mène de l’aéroport à la ville, quand on descend à Aksaroy, et que, sous nos yeux, les viandes rôtissent aux devantures des restaurants, quand la foule est pressée, qu’elle nous bouscule, indifférente à nos lourds sacs, quand on entend des hommes se héler dans cette langue étrangère… Non, ça c’est la Turquie, pas le voyage en Turquie, pas le début du voyage en Turquie.

Alors je ne sais pas… Dites-moi vous-même quand commence le voyage…?

Oui, le voyage ne débute vraiment que lorsque l’on quitte la rive européenne d’Istanbul. Quand le Vapur quitte le quai de Karakoy vers la gare d’Orient, Hayderpaşa. Lorsque la ville offre son couchant et que le bateau nous emmène sur l’autre rive. Quand on entre enfin dans le hall de la vielle gare de style allemand, et que le hall magnifique nous rappelle que nous sommes sur la ligne Berlin-Bagdad… Oui, alors le voyage a vraiment commencé.

Moi, je vais alors dîner au buffet. J’aime son cadre vieilli, vieillot et ses jolies faïences au mur, l’accueil à la fois simple et « grande maison », l’illusion légère qu’on était bien attendu ce soir-là, la compagnie des autres voyageurs, turcs pour la plupart, le raki, l’agneau grillé, les tomates, le fromage…

De ma table gourmande et rassasiée, je contemple les derniers éclats du soleil qui se couche, et le Bosphore qui s’obscurcit. Je réalise que nous regardons vers l’Occident, quand notre coeur et sa fièvre secrète sont déjà en Orient, et c’est ce paradoxe inaugural, tellement turc, qui signe vraiment l’entrée en Turquie.

Couché de soleil sur le Bosphore

Couché de soleil sur le Bosphore

La façade de la gare

La façade de la gare

Le buffet de la gare

Le buffet de la gare

PRATIQUE :

Pour aller de l’aéroport Atatürk à la gare d’Hayderpaşa (compter environ 90 minutes) : prendre le car Havas (10 YTL) à l’arrivée et descendre à Aksaroy (premier arrêt).

Remonter la rue jusqu’au tram, prendre un jeton de tram au kiosque à côté de l’arrêt (1,40 YTL) et prendre un tram direction Kabatas, descendre à Karakoy. De là, aller vers le Bosphore (100 mètres) et la gare maritime. Prix du jeton : 1,50 YTL. Monter dans le Vapur après avoir vérifié qu’il va bien à Hayderpaşa.

On achète les billets de trains au guichet, à droite du hall en entrant. Le mieux est d’avoir préparé sa requête par écrit (destination, couchette, et votre NOM). Le buffet et la consigne se trouvent après le hall, côté quais à droite.

18
Août
08

À bord de l’Erzurum Ekspresi

D’Ankara à Kars, c’est presque deux jours de train pour 1 000 km.

18
Août
08

La gare d’Ankara, départ vers Kars

La gare d’Ankara est d’une belle facture des années trente. J’attends au buffet le départ de l’Erzurum Ekspresi.

La façade de la gare

La façade de la gare

L'intérieur de la gare

L'intérieur de la gare

Le buffet

Le buffet

17
Août
08

La gare d’Haydarpaşa

La gare de la rive asiatique, Haydarpaşa, se dresse dans sa rigueur germanique ; le train pour l’Est ne m’attend pas.

Plaque relatant l'histoire de la gare

Plaque relatant l'histoire de la gare

La gare d'Haydarpaşa sur la rive asiatique

La gare d'Haydarpaşa sur la rive asiatique




Articles les plus consultés

septembre 2018
L M M J V S D
« Jan    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
Publicités