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02
oct
08

Dans le train, de Diyarbakir à Ankara

En quelques trente heures, la TCDD me mènera de Diyarbakir à Ankara. Les paysages autour d’Elazig et de Malatya sont superbes (région des grands travaux du GAP, barrages).

Paysage du nord du Kurdistan

Paysage du nord du Kurdistan

01
oct
08

Quitter le Kurdistan, ou les enfants “chics” du quai.

Le panneau de la gare

Le panneau de la gare de Diyarbakir, ce qui veut dire pour moi, aujourd'hui : départ...

Le jour du départ finit par arriver.

( Je ressens une étreinte au coeur qui me rappelle l’enfance : quand je devais quitter l’un de mes parents pour rejoindre l’autre, et que la joie de retrouver une mère était assombrie du chagrin et de la culpabilité de quitter un père. Mais peut-être que je n’étais alors tout à fait en paix avec moi-même, ou plutôt en moi-même, que lorsque j’étais ainsi : en partance – entre deux vies qui n’étaient ni l’une ni l’autre pleinement miennes, soit avec mon père à Paris, soit avec ma mère en Province. J’aimais alors ces interstices de solitude et d’indépendance. De l’un à l’autre – préservé. )

Je quitte donc aujourd’hui le Kurdistan et je sais que c’est pour retrouver mon compagnon à Paris. J’ai prévu un long voyage de quatre jours, et le retour commence à la gare de Diyarbakir.

J’attends une bonne heure sur le quai de la gare.

J’ai acheté des provisions pour ces trente heures de trajet entre la capitale du Kurdistan turc et Ankara, l’anatolienne. Outre les biscuits, j’ai enfin cédé aux chips. En attendant le train qui accuse déjà un long retard, je les picore.

En face de moi, il y a un groupe de six femmes accompagnées de huit enfants, dont trois bébés, et de deux hommes, l’un jeune, l’autre d’âge moyen, tous les deux moustachus. Ce groupe a un impressionnant bagage composé d’un bonne quinzaine de ballots dans de gros sacs à grains récupérés. Ils viennent de la campagne. Les femmes sont assises au sol, certaines bercent leur bébé.

Les enfants jouent entre eux, et je les observe, de la plus petite (deux ans et demi ?) à la plus grande (huit ans ?). L’aînée jette un oeil sur mes chips. A la manière kurde, je lui en propose, évidemment, comme on le fit cent fois auparavant à mon adresse. Un cadet rejoint la petite fille et prend sa chips. Puis un autre, et encore un autre. Sur les cinq enfants, quatre sont venus goûter au croustillant “goût paprika” hyper-salé qui les ravit, comme moi.

Quatre sur cinq : la petite dernière n’a pas osé aller vers le grand étranger blond.

Les aînés iront donc la chercher sur le quai, et l’accompagneront jusqu’à moi, pour qu’elle ait elle aussi, toute petite et menue, sa part, comme les autres. Ils lui apprendront à oser. Ils lui apprendront qu’elle a elle aussi le droit à sa part, et l’accompagneront sans la léser.

Et je me suis dit que ces enfants étaient “chics” comme on disait autrefois.

30
sept
08

Les caravansérails

Deux caravansérails ont été rénovés : le Hassan Pacha (face à la grande mosquée) et le Buyuk Kervansaray, un peu plus loin en allant vers l’extérieur de la ville.
Le premier accueille des boutiques d’artisanat local et de très jolis cafés, le second un hôtel-restaurant assez classe (80 YTL en single, 120 YTL en double).
Dans l’un et l’autre endroit, on goutera une indéniable douceur de vivre (luxe et “authenticité” programmée).
Pour ma part, la rue, son spectacle et ses rencontres me font un autre appel, moins résistible.

Vue du Caravansérail

Vue du Caravansérail

30
sept
08

Les remparts de la ville

Diyarbakır est ceinte de remparts qui font la fierté de ses habitants. Ces fortifications ne sont pas seulement longues, elles sont également épaisses et avec une structure complexe. Pour qui ne craint ni la compagnie des mauvais garçons, ni les chutes de pierre, il est possible d’y pénétrer, de découvrir ses couloirs et même de monter au dessus. Pour ma part, j’ai préféré rencontrer les mauvais garçons en contre-bas des murailles, car je crains… les chutes de pierres.
Autrefois de nombreux restaurants s’étaient adossés à la muraille. Il y a une dizaine d’années, la municipalité a entrepris de rénover l’ensemble, et de détruire les cahutes “restaurants” afin d’y installer des jardins.
On s’y promène de jour comme de nuit.

Vue des remparts sous le ciel menaçant

Vue des remparts sous le ciel menaçant

30
sept
08

Bayram

Aujourd’hui c’est Bayram, la fête qui suit la fin du Ramadan.
Les enfants, tout excités, jouent à la guerre avec Uzi, Beretta et autres Kalachnikovs de plastique et des pétards qui explosent à tout moment dans les rues de la ville.

28
sept
08

Hôtels de charme à Mardin

Le terme peut surprendre et prêter à confusion : on appelle « butık otel » en Turquie, ce que nous appelons en France un hôtel de charme.
A Mardin, il y en a trois, avec des prix tout à fait raisonnables. Leur décoratıon est digne des 1001 nuits, et lorsqu’on a quitté la fraîcheur des salons orientaux, on peut goûter aux terrasses donnant sur l’immensité sereine de la Mésopotamie. On m’a dit qu’au printemps la plaine ressemble à un immense tapis où se conjuguent les couleurs des cultures…
Je recommande : « Antik TATLIDEDE », le plus bel hôtel de la ville. L’accueil de la dame est tout à fait charmant. 100 YTL en single Bed and Breakfast, 150 YTL en double, la suite 200 YTL.
(antiktatlıdede.com)
Le « ARTUKLU » est également très beau. 80 YTL en single BB, 130 en double. De nombreuses personnalités y ont séjourné. (artuklu.com)
Le « ERDOBA » est probablement moins chaleureux, mais son restaurant en terrasse vaut le détour. 90 YTL en single, 130 en double. (erdoba.com.tr)

28
sept
08

À Mardin, toujours

Des restes chrétiens ne sont pas abandonnés et la vie est dans la ville.

Deyrulzafaran Manastırı

Deyrulzafaran Manastırı - Le monastère de Mor Hananyo

28
sept
08

À Mardin, encore

Et la splendeur de ses bâtiments, de la vue.

La porte monumentale

La porte monumentale

28
sept
08

À Mardin

La vue sur la Mésopotamie est stupéfiante de beauté. La ville, toute de pierres blanches, envoute le voyageur. Mardin est une étape essentielle de tout voyage dans le sud-est de la Turquie.

La citadelle

La citadelle

Vue sur la mésopotamie

Vue sur la mésopotamie

28
sept
08

Seyhmus

Le dolmus m’a déposé dans la ville basse, banale et désolante et ma déception est si vive que j’ai presque envie de repartir immédiatement. J’ai encore, à ce moment-là, le sentiment que Bitlis aura été le moment le plus fort de mon voyage au Kurdistan turc, et que tout ce qui suivra ne me consolera pas tout à fait d’avoir dû quitter la petite ville des montagnes.

En fait, il n’en est rien, car dès que je suis monté vers la citadelle, la ville haute (si haute avec un sac à dos !), dès que le regard s’est porté sur l’immensité incroyable de la plaine de Mésopotamie, dès que j’ai aperçu les premiers bâtiments, la pierre ciselée, la lumière, alors je suis certain de vouloir rester ici un moment. Au moins pour la vue, au moins pour l’architecture. Au moins pour l’émotion touristique, aussi forte ici qu’à Isak Pasha.

La ville me réserve un autre cadeau, pourtant : la rencontre avec Seyhmous.

Ce sourire qu'il me donne, et qui s'installe. L'amitié naissante.

Il attend ce jour-là devant une banque, sur les marches, à l’extérieur. Je lui demande s’il parle anglais et s’il connaît un hôtel bon marché, il répond “oui” deux fois et m’accompagne vers cet hôtel, propre mais spartiate (Basak otel, +90 482 212 62 46, Mardin, 20 YTL en single sans petit-déjeuner)

En fait, Seymhus m’accompagnera toute la journée, se faisant mon guide, mon interprète, et avant le soir venu, mon ami – de cette évidence des rencontres, “parce que c’était lui, parce que c’était moi“.

Inlassablement et alors qu’il fait très chaud, que le Ramadan aiguise la soif, il m’emmènera visiter les recoins de sa ville natale. Il me fera ouvrir la porte des maisons et oser les ruelles du haut desquelles la vue sera si belle.

Petit à petit, en même temps qu’il dévoile pour moi les trésors de la ville, Seyhmus se raconte : il est étudiant à l’Université de Konya et va devenir ingénieur. Il est là en vacances auprès de sa famille. J’apprécie la douceur avec laquelle il pose les repères qui me feront le connaître.

En fin d’après-midi, après avoir épuisé tous les bâtiments historiques, il me propose de l’accompagner à la station météo où son meilleur ami travaille. Je le suis vers une villa des hauteurs, avec ses antennes, ses abris, et je fais la connaissance de son pote et de ses collègues dans ces bureaux vastes et vaguement désoeuvrés : l’ami est turc, les deux collègues sont kurde pour l’un, arabe pour l’autre. Mais c’est de France, de culture française dont nous parlons.

Contre toute attente, les trois collègues de la station météo de Mardin voudront savoir ce que je pense de Michel Foucault (que deux d’entre eux ont lu), et pendant une heure nous échangerons sur La volonté de savoir, Surveiller et punir, ou ses travaux sur la psychiâtrie, son rapport avec le Parti Communiste et la Gauche française, que sais-je ? Ce pays ne lasse pas de m’étonner, jamais là où on voudrait l’attendre.

Le soleil se couche, et malgré la vigueur de la discussion, chacun rentre vite chez soi pour rompre le jeûne.

Seyhmus m’emmène alors dîner chez lui, où je ferai connaissance de sa famille.

Son père me fait visiter son jardin et les arbres qu’il a plantés. Quand je lui dis que je porte le nom de cet arbre qu’il me montre-là, l’olivier, le père de Seyhmus m’affirme alors que c’est un beau prénom,

“Un beau prénom que celui qui désigne aussi un arbre” me traduit Seyhmus.




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