Articles taggés ‘Anatolie

02
mai
09

D’Ankara à Kars, à bord de l’Erzurum Ekspresi

Prendre le temps pour aller de la ville d’Ankara à l’extrême anatolien est une luxe incomparable, avec le bercement du train, le déroulement des paysages, le maternage du contrôleur, si possessif que nous n’osions envisager de simplement quitter le compartiment par crainte qu’il ne le ressente comme une désertion ou une trahison.

Entre Kirrikale et Kayseri

L’attention du contrôleur à notre confort l’a même conduit à nous ouvrir la porte arrière du train pour profiter de l’air frais que la climatisation des compartiments n’autorise pas.

Entre Erzincan et Erzurum

Vers Aşkale

Avec le contrôleur

30
sept
08

Les remparts de la ville

Diyarbakır est ceinte de remparts qui font la fierté de ses habitants. Ces fortifications ne sont pas seulement longues, elles sont également épaisses et avec une structure complexe. Pour qui ne craint ni la compagnie des mauvais garçons, ni les chutes de pierre, il est possible d’y pénétrer, de découvrir ses couloirs et même de monter au dessus. Pour ma part, j’ai préféré rencontrer les mauvais garçons en contre-bas des murailles, car je crains… les chutes de pierres.
Autrefois de nombreux restaurants s’étaient adossés à la muraille. Il y a une dizaine d’années, la municipalité a entrepris de rénover l’ensemble, et de détruire les cahutes “restaurants” afin d’y installer des jardins.
On s’y promène de jour comme de nuit.

Vue des remparts sous le ciel menaçant

Vue des remparts sous le ciel menaçant

30
sept
08

La maison de Tarancı

A Diyarbakır, ne pas manquer la maison du poète Cahit Sıtkı Tarancı. On y découvrira l’atmosphère des demeures au début du siècle dernier. L’entrée est libre.

La maison de Taranci

La maison de Tarancı

Cahit Sıtkı Tarancı est né à Diyarbakır en 1910 et mort à Viyana en 1956. Il a été élève de l’Institut d’études politiques de Paris. Ses principaux recueils de poèmes sont :

  • «Ömrümde Sükut» (1933)
  • «Otuz Beş Yaş» (1946)
  • «Düşten Güzel» (1952)
  • «Sonrası» (1957).
28
sept
08

À Mardin, encore

Et la splendeur de ses bâtiments, de la vue.

La porte monumentale

La porte monumentale

28
sept
08

Hôtel à Midyat

Un bon hôtel à Midyat : l’hotel Demırdag. Petites chambres bien équipées et très propres. 40 YTL avec petit dej. Patron sympa.

25
sept
08

À Midyat

Contrairement à Bitlis, encaissée et accrochée aux montagnes, Midyat s’étale dans l’étendue de la plaine. Bitlis est noire et sombre, Midyat est lumineuse et blanche – un blanc crayeux et doux.

La propreté de la ville surprend, les belles maisons, anciennes et rénovées, séduisent. Le bleu du ciel, méditerranéen, contraste avec l’ocre et le blanc des murs. L’office du tourisme accueille comme dans un palais…

Tout serait parfait si les rares restaurants de la ville n’étaient pas tristes comme des halls de gare désaffectés, et si le soir venu, les rues n’étaient pas désertes. Est-ce là l’influence du chiisme dont témoignent de nombreuses femmes intégralement voilées de noir ?

Je décide de partir dès le lendemain.

Les ciselures de la pierre sont remarquables
Une cour

Une cour

25
sept
08

De Bitlis à Midyat

Je quitte Bitlis à regret, incertain de ce que j’abandonne (l’amitié et l’idéal, ou son illusion fiévreuse, adolescente ?), mais je suis sûr de devoir poursuivre ma route. La prochaine étape sera Midyat, tout au sud du pays.

Pour 10 YTL, je me rendrai d’abord à Batman.

La route serpente au fond de la vallée, étroite. À peine avons-nous quitté la petite ville qu’un premier barrage militaire nous arrête. On se contente de vérifier les papiers du véhicule et de lancer un air sévère à l’intérieur du dolmuş. J’adopte mon air vague de touriste imbécile s’étant trompé d’endroit…

Après nous rencontrons les travaux d’élargissement de la route qui va de Tatvan à Diyarbakır. Les bulldozers s’en prennent aux montagnes, et je ne peux m’empêcher de penser, avec une pointe de mauvaise foi, que l’état turc voudrait bien abolir les montagnes, et tout ce qui s’y réfugie de résistance farouche… Pendant des kilomètres, nous roulons au pas, toutes fenêtres fermées afin d’échapper à la poussière.

Deux barrages militaires, avec contrôle des papiers et fouille des bagages achèvent de nous retarder. Toujours la même question : ce que je fais ici.

À l’approche de Batman, nous quittons la montagne pour la plaine. Le dolmuş fonce à toute allure afin de tenter de rattraper notre retard, et nous arrivons dans la ville.

Batman est semblable à tant d’autres villes en Anatolie : des immeubles d’une dizaines d’étages, plus ou moins alignés, entre ceux-ci des rues de terre battue, des garages avec leurs piles de pneus, des épiceries et leur étal de chips, des gosses qui jouent au ballon, des ados qui s’ennuient. Et la mosquée au toit d’acier, éclatante.

Le changement de dolmuş est rapide. Pour une obscure raison, je me fais un peu engueuler par le chauffeur, je laisse dire sans chercher à comprendre.

Nous fonçons sur Midyat.

25
sept
08

Nouvelle soirée de Ramadan

Fayet vient me chercher à l’hôtel comme comme convenu, à 16h30, après avoir pris congé de ses élèves et du collège. Je suis un peu en retard : le marchand de disques m’a retenu quelque temps auparavant en chargeant tous les titres de la musique kurde actuelle sur ma clé USB, et en refusant, malgré mes demandes, de faire payer un centime à l’étranger de passage.

Fayet m’emmène chez lui, où nous déposons mon sac à dos, et nous partons faire les courses du dîner. Il m’est encore une fois impossible de participer aux frais. En insistant, je manque de froisser mon hôte : me gâter d’un bon repas lui fait autant bonheur qu’à moi. Tout en ayant le sentiment que c’est injuste, je me laisse porter par l’esprit entier de Fayet : ne décider de rien, bénéficier de tout, voilà mon statut pour un soir.

Les deux cousins nous rejoignent vers 17h30 et finissent de préparer le repas. La rupture du jeûne aura lieu à 18h20 : en attendant, tout le monde s’offre un petit bout de pain, la stricte observance n’étant pas vraiment notre fort.

À table (si l’on peut dire, car on mange sur une nappe posée sur un tapis), on aura, avec la chorba et la salade, du poulet grillé aux épices. En tant qu’invité, les copains ne me laissent manger que les filets, le « blanc », et tant de délicates attentions laissent l’occidental que je demeure, entre ravissement et gêne profonde. Pacha d’un soir, shooté au bonheur d’être là…

La nuit tombée, nous partons au village tous ensemble. On prend une table avec des tabourets bas, sur la petite place, face à la poste et à la vieille mosquée (XIIème siècle), là où tout le village semble se retrouver. On boit du thé, on picore des pistaches, et j’achète des gâteaux au miel en trompant la vigilante hospitalité de mes amis. Je m’entends dire que « I should not » et de répondre que « May be, but I did it ».

Plus tard, Fayet décide de m’emmener voir d’autres amis, sur une terrasse. Des profs également. Dans les petites rues qui nous séparent de cet endroit, je manque de tomber, et trouve le bras de Fayet. Je m’y accroche, et mon ami, avec son coude, serre ma main contre lui et me sourit. J’ai un instant l’impression que nous avons tous les deux quatorze ans, et que nous sommes livrés à la confusion des sentiments de cet âge-là. Mais non, et nous arrivons après une courte marche qui eut quelques secondes seulement le goût de l’éternité. Les collègues prévenus d’un coup de fil nous attendent.

Le Kurdistan, la liberté, la France, le socialisme, la guerre, me voilà convoqué sur cette terrasse de village, à ce grand tribunal de l’Histoire, témoin de ce que je n’ai fait que deviner, partisan circonspect, amant timide de tout un peuple, le peuple kurde, moi, français si peu et tellement.

La révolution attire les garçons fragiles à la présence des leurs, comme la lumière un papillon, et on ne raisonne pas plus le battement d’ailes d’un insecte près d’une lanterne que celui d’un coeur qui vibre sous les yeux de braise d’un inconnu engagé. On épouse une cause, on la comprend après. L’émotion est d’abord celle d’un corps qu’une main étreint sans relâche. Avec les profs de Bitlis, ce soir-là, j’ai parlé d’émancipation et de culture, d’avenir radieux et de justice, et j’ai aimé l’un d’eux, l’un de ces hommes, plus que tout autre, l’un d’eux et tous les autres.

Au matin, quand nous nous sommes éveillés, un hélicoptère de l’armée turque tournait autour du village silencieux dans un bruit effarant et déjà monotone.

Parmi mes nouveaux amis

Parmi mes nouveaux amis

Et ainsi toute la soirée qui s’est terminée tard.

24
sept
08

Dernière journée à Bitlis

Sous le charme, j’ai décidé de rester.

Mention spéciale au hammam de Bitlis, superbe et ancien. Le costaud Hassan fait des massages oscillant avec science entre la vigueur la plus virile et la caresse fraternelle. L’ambiance est sympa et j’ai discuté une heure dans la salle de repos. Il en coûte 8 YTL.

Une entrée

Porte d'une maison arménienne

Vue sur la ville

Vue sur la ville

Le hammam

Le hammam

24
sept
08

Soirée de Ramadan

Passée dans une famille et au café. Je découvre l’hospitalité kurde.

Le repas du soir

Le repas du soir

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