Archive pour la catégorie 'Portraits'

01
août
09

Retour au Kurdistan

J’avais rencontré Issa en Irak, l’hiver dernier, alors que je faisais mon reportage sur l’université de Dohuk. Nous avions passé une merveilleuse soirée en compagnie de ses amis également étudiants.

En nous quittant le lendemain, nous nous étions promis de nous revoir, et notamment que je viendrais dans son village natal, en Turquie, près de Sirnak.

Chose promise… j’ai donc entrepris cet été le long voyage qui me mènerait jusqu’à sa maison familiale, où son père, sa mère et ses frères et soeurs m’accueillirent avec une chaleur et une hospitalité inoubliables.
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On a crapahuté dans la montagne toute la journée

On a crapahuté dans la montagne toute la journée, et en attendant de dîner, on se détend au salon

Sover, le petit frère d'Issa sous la photo d'aînés

Sover, le petit frère d'Issa sous la photo d'aînés

Le plus jeune des frères s'amuse à vélo devant l'entrée de la maison

Le plus jeune des frères s'amuse à vélo devant l'entrée de la maison

02
mai
09

D’Ankara à Kars, à bord de l’Erzurum Ekspresi

Prendre le temps pour aller de la ville d’Ankara à l’extrême anatolien est une luxe incomparable, avec le bercement du train, le déroulement des paysages, le maternage du contrôleur, si possessif que nous n’osions envisager de simplement quitter le compartiment par crainte qu’il ne le ressente comme une désertion ou une trahison.

Entre Kirrikale et Kayseri

L’attention du contrôleur à notre confort l’a même conduit à nous ouvrir la porte arrière du train pour profiter de l’air frais que la climatisation des compartiments n’autorise pas.

Entre Erzincan et Erzurum

Vers Aşkale

Avec le contrôleur

02
mai
09

Les supporters du Galatasaray

Galatasaray

Afin de rencontrer Seyhmus qui nous a rejoints ici, nous passons deux jours à Ankara. Avec mon ami, nous irons au stade où son équipe préférée, le Galatasaray, joue à l’extérieur contre le Haccetepe Spor. La rencontre se traduira par un humiliant 2-0 au bénéfice du Haccetepe. Seyhmus en est tout marri.

Pour ma part, le match sera l’occasion de découvrir les supporters de cette grande équipe et de les photographier.

10
déc
08

Les combats de Fatih

J’ai rencontré Fatih dans la rue, à Elazig, le 5 décembre 2008. Son visage m’a intéressé, et je lui ai demandé l’autorisation de le photographier. Il a accepté.

J’aime bien cette première photo, où se mèlent le plaisir d’être vu, remarqué, et l’expression, me semble-t-il, d’une sorte d’absence au monde qui l’entoure, absence un peu mélancolique. J’aime aussi le contraste entre un peu d’espièglerie et une virilité volontaire. Les photos prises plus tard n’auront plus cette fraicheur, et mon copain de rencontre prendra alors toujours la pose, empruntée.

Fatih

On sympathisera rapidement : il fait froid et Fatih m’invite à venir boire un thé dans la boutique de son frère aîné, Riza. (Ils y font des clés-minute ;  l’affaire, en plein centre-ville et sur une place dédiée au départ des dolmus pour les villes voisines, marche bien).

Quand je demande à Fatih s’il connaît un lieu d’entraînement de foot pour que je tente d’y faire quelques photos, malgré la grisaille assommante, il m’y emmène d’un coup de voiture. On discutera pendant le trajet, et sur le parking du stade désert, en allemand et en anglais. Il m’explique alors son parcours : départ à 19 ans pour l’Allemagne, petits boulots, délinquance, prison, expulsion et retour à Elazig. Il me dit aussi qu’il ne souhaite plus partir, qu’il est content d’être de retour dans son pays, avec ses amis. On parle de la taule, des petits détails de la taule, avec pudeur et franchise à la fois. J’ai l’impression qu’il est content d’en parler, mais qu’en même temps il se protège de tout ce que ma présence peut lui rappeler de son expérience européenne. Il met en avant son choix de vie, sérieux, le respect de la religion, de la famille. Je n’insiste pas et nous prenons congé l’un de l’autre.

Le surlendemain, en passant sur la place des dolmus, je passe dire bonjour à Fatih. Il semble très content de me voir et me demande de rester avec lui : nous irons alors chez son meilleur ami, Ali, grossiste en fruits et légumes. Avec ce dernier, il propose que nous passions la soirée ensemble. On se donne rendez-vous pour 19 heures, après mon travail sur le marché aux moutons.

Dans la soirée, deux autres copains se joindront en fait à nous. Tous les quatre veulent m’emmener au Hammam. Un instant, je pense à mon expérience syrienne… Il n’en sera rien.

Le Hammam en question vient d’ouvrir et tient autant de l’aqualand occidental que du bain turc traditionnel. C’est neuf, hyper-moderne et propre, ludique (un toboggan fantastique nous arrachera des hurlements sous le regard un peu sévère du garcon de bains). Ils ont voulu m’offrir ce que la ville réservait de meilleur à leurs yeux.

Après nous sommes allés manger une soupe dans un petit restaurant ouvert tard, et puis on a bu quelques bières, et je suis parti me coucher.

C’était du temps camarade, du temps fraternel. Une virée entre potes, dans cette petite ville perdue, et je pensais au film de Mickael Cimino, The deer hunter.

J’ai observé Fatih, ce rien de réserve qu’il conserve, son quant-à-soi, ces années allemandes qui le séparent tout de même un peu de ses copains d’enfance. J’ai pris conscience de tout le courage dont il fait preuve, à tenir bon sans rêve, à s’accrocher à une vie qui n’est plus tout à fait la sienne, mais qui est la seule possible pour lui aujourd’hui.

Fatih, c’est le deuxième nom du sultan Mehmet. Il l’a endossé après la prise de Constantinople. Mehmet le victorieux.

J’ai souhaité que mon Fatih d’Elazig soit aussi victorieux, dans le combat qu’il mène : rester droit.

07
déc
08

Trois portraits

Si on veut montrer quelque chose, il faut choisir parmi une centaine de portraits qui se sont livrés généreusement, ce jour, veille de Bayram. C’est difficile. Chaque visage nous rappelle quelque chose, une émotion, une rencontre. Pratiquement tous “mériteraient” publication, et regard.

Il y a aussi la peur de ne pas être compris dans ses choix : un vieil homme au foulard kurde, très typique, très “photo de voyages” passera mieux qu’un jeune homme au visage plus quelconque, qu’on pourrait rencontrer en France, en Espagne ou ailleurs, et qui pourtant m’en raconte, et tente de vous en raconter plus.

J’ai choisi de faire confiance au lecteur de passage, et d’abandonner tout pittoresque, au profit du visage – de son effroi figé, à sa joie vitale.

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04
déc
08

Effarement

l'effarement

Je prenais des photos de cet artisan, à Gaziantep, près de la citadelle.

Soudain il a relevé la tête, et m’a offert ce visage effaré, d’une générosité bouleversante.

Je fais des photos pour ces instants là, qui font écho.

05
nov
08

Match de foot à Konya

Par un bel après-midi de fin d’automne, au stade…

Jeunes supporters

C'est au début de la rencontre

Le stade

Colère

Supporters

Inquiétude

Forte inquiétude

01
oct
08

Atef, l’immigré kurde expulsé d’Allemagne.

Je traînais du coté des remparts, pas très clair sur mes propres intentions, ni sur celles que j’espérais rencontrer. Il était déjà bien tard, et les enfants couchés, quand il a surgi, Ataf, du coin de la rue noire vers le bout de trottoir où j’errais. Grand, mince, félin, jeune, et avec quelque chose de pas tout à fait “couleur locale” dans l’allure, quelque chose d’étranger qui collait à ses gestes, à ses vêtements, à sa personne.

Ataf s’adresse à moi en allemand, directement. Il me demande d’où je viens, et quand je lui dis “France”, il me répond Metz ou Strasbourg. Je comprends qu’il a émigré et vécu en Allemagne, il me précisera que c’était près de Francfort.

Il tient ici une épicerie qui fait un peu peine : quelques savons alignés, d’inévitables chips (cancer mondial de l’alimentation) et le frigo avec l’eau minérale, le Fanta et le Coca. Qu’à cela ne tienne ! Ataf m’invite à m’installer tout au fond de la boutique, me demande mon métier, me fait servir un thé, et dit aux deux jeunes qui sont là que je viens d’Europe comme si j’étais quelqu’un de très important. Ataf a l’air ravi de voir un européen si tard ce soir-là, dans ce quartier pas complètement adapté au tourisme nocturne. Il semble même soulagé, soulagé d’un poids insupportable…

Je vais assez vite apprendre de quoi il retourne.

Ataf était arrivé en Allemagne à l’âge d’un an. Il y avait fait ses études (succintes) et puis avait mal tourné : petite délinquance, bagarres, trafics divers. Son parcours allemand s’achève sur une condamnation à quatre ans de prison, suivis d’une expulsion. Il n’emportera que ses souvenirs, ses regrets, et le prénom d’une jeune fille tatoué sur son biceps droit : Kirsten.

Je n’ai jamais compris le sens d’une expulsion d’un étranger ayant grandi chez nous, et la détresse de cet homme dont je réalise vite qu’il est en pleine dépression me saisit d’effroi. Sans repère dans ce pays qui n’est plus le sien, et privé de son pays réel, celui où il a grandi et appris à vivre, cet homme n’a d’autre choix que le désespoir le plus absolu, et l’on ne condamne pas au désespoir.

Je lui demande ce que je peux faire pour lui. Il me répond “Nichts” et me serre contre lui.

28
sept
08

Diyarbakir

Dans les rues de Diyarbakır, bondées comme un fantasme d’orient, dans le regard des gosses qui accroche l’oeil et le cœur, une certitude m’étreint : la dignité du peuple.

Au marché

Au marché

28
sept
08

Seyhmus

Le dolmus m’a déposé dans la ville basse, banale et désolante et ma déception est si vive que j’ai presque envie de repartir immédiatement. J’ai encore, à ce moment-là, le sentiment que Bitlis aura été le moment le plus fort de mon voyage au Kurdistan turc, et que tout ce qui suivra ne me consolera pas tout à fait d’avoir dû quitter la petite ville des montagnes.

En fait, il n’en est rien, car dès que je suis monté vers la citadelle, la ville haute (si haute avec un sac à dos !), dès que le regard s’est porté sur l’immensité incroyable de la plaine de Mésopotamie, dès que j’ai aperçu les premiers bâtiments, la pierre ciselée, la lumière, alors je suis certain de vouloir rester ici un moment. Au moins pour la vue, au moins pour l’architecture. Au moins pour l’émotion touristique, aussi forte ici qu’à Isak Pasha.

La ville me réserve un autre cadeau, pourtant : la rencontre avec Seyhmous.

Ce sourire qu'il me donne, et qui s'installe. L'amitié naissante.

Il attend ce jour-là devant une banque, sur les marches, à l’extérieur. Je lui demande s’il parle anglais et s’il connaît un hôtel bon marché, il répond “oui” deux fois et m’accompagne vers cet hôtel, propre mais spartiate (Basak otel, +90 482 212 62 46, Mardin, 20 YTL en single sans petit-déjeuner)

En fait, Seymhus m’accompagnera toute la journée, se faisant mon guide, mon interprète, et avant le soir venu, mon ami – de cette évidence des rencontres, “parce que c’était lui, parce que c’était moi“.

Inlassablement et alors qu’il fait très chaud, que le Ramadan aiguise la soif, il m’emmènera visiter les recoins de sa ville natale. Il me fera ouvrir la porte des maisons et oser les ruelles du haut desquelles la vue sera si belle.

Petit à petit, en même temps qu’il dévoile pour moi les trésors de la ville, Seyhmus se raconte : il est étudiant à l’Université de Konya et va devenir ingénieur. Il est là en vacances auprès de sa famille. J’apprécie la douceur avec laquelle il pose les repères qui me feront le connaître.

En fin d’après-midi, après avoir épuisé tous les bâtiments historiques, il me propose de l’accompagner à la station météo où son meilleur ami travaille. Je le suis vers une villa des hauteurs, avec ses antennes, ses abris, et je fais la connaissance de son pote et de ses collègues dans ces bureaux vastes et vaguement désoeuvrés : l’ami est turc, les deux collègues sont kurde pour l’un, arabe pour l’autre. Mais c’est de France, de culture française dont nous parlons.

Contre toute attente, les trois collègues de la station météo de Mardin voudront savoir ce que je pense de Michel Foucault (que deux d’entre eux ont lu), et pendant une heure nous échangerons sur La volonté de savoir, Surveiller et punir, ou ses travaux sur la psychiâtrie, son rapport avec le Parti Communiste et la Gauche française, que sais-je ? Ce pays ne lasse pas de m’étonner, jamais là où on voudrait l’attendre.

Le soleil se couche, et malgré la vigueur de la discussion, chacun rentre vite chez soi pour rompre le jeûne.

Seyhmus m’emmène alors dîner chez lui, où je ferai connaissance de sa famille.

Son père me fait visiter son jardin et les arbres qu’il a plantés. Quand je lui dis que je porte le nom de cet arbre qu’il me montre-là, l’olivier, le père de Seyhmus m’affirme alors que c’est un beau prénom,

“Un beau prénom que celui qui désigne aussi un arbre” me traduit Seyhmus.




 

décembre 2009
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