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L’enchanteur et eux
D.bakir-by-night


On ne visite pas Kars sans être porté ici par une empathie de voyageur. On va si loin, pour si peu. Aux confins de la Turquie, cette ville respire la tristesse et l’hiver (3° C ce matin-là) - on se rappellera le très beau roman d’Orhan Pamuk, Neiges, dont l’action se situe ici et dont, par exemple, on retrouvera avec bonheur la gazette et sa vieille imprimerie, sur Faik Bey Cad..
Le pèlerin de Kars va vers un nulle-part bouleversant.
Bien sûr, on pourra visiter la citadelle, les hammams en ruines ; on observera les vieilles maisons russes à l’abandon, et l’église arménienne rénovée.
Mais on se frottera, plus que partout ailleurs en Turquie, à la mélancolie et à quelque chose de discrètement poétique – pour qui ne cherche pas dans le voyage une succession de satisfactions, mais plutôt la perte et l’abandon.
Côté pratique, je préfère l’hôtel Oz Karvansaray récemment rénové (chambre double à 40 YTL) ; je prends mon petit déjeuner au Khavalti Salonu – on y retrouve chaque matin les soldats venus se restaurer d’oeufs brouillés, de fromage, de miel et d’olives noires – au fond de la “galerie” dont l’entrée fait face à l’hôtel (éviter la patisserie moderne également en face de l’hôtel mais dont l’entrée est sur la rue, l’accueil peut y être détestable et l’addition gonflée). Le soir, plutôt que le restaurant Ocakbasi (prononcer Odjakbazè), correct mais trop “sans surprise”, je recommande le Semazen, dans la même rue (Ataturk Cad.). La spécialité d’agneau cuit à l’étouffé est inoubliable, même si le décor est quelconque (compter 10 YTL par personne).
Le hammam-musée

Nous ne savions même pas que c’était un musée. En nous approchant, le gardien, mais aussi sculpteur, nous a invité à entrer.
Il y avait des photographies, anciennes et récentes, de Kars et de ses environs. Surtout j’ai aimé sa fierté des maquettes en plâtre qu’il a réalisées et peintes lui-même.



L’église des Saints-Apôtres

L’église des Saints-Apôtres, au pied de la citadelle de Kars, a été complètement restaurée, l’esplanade dégagée et presque entièrement pavée et tous les abords sont maintenant très heureusement réaménagés. La ville s’est appropriée complètement ses richesses les plus anciennes. Nous avons croisé les élèves d’une classe du primaire allant visiter le monument sous la conduite de leur instituteur.

Des abords de la mosquée au long du Karsçay, tout un cheminement piétonnier a été aménagé. C’est encore très récent, c’est aussi un peu vide en cette saison.

L’église de la ferme
Le périple s’est terminé par la visite d’une église arménienne dans un petit village à quelques kilomètres au nord d’Ani.
Malgré sa proximité, il a fallu du temps pour l’atteindre, sur une petite route devenue piste. Mais, alors que nous n’apprécions par particulièrement les ruines, c’était bien la plus belle, sinon la plus attachante de la journée.

Le fermier a témoigné d’une très grande gentillesse dans son accueil ; ses enfants, excités par notre présence, nous ont accompagné tout au long de la visite.


L’église d’Oğuzlu
En quittant Ani, vers le nord, notre guide nous a conduit dans le village d’Oğuzlu.
L’église, malgré son mauvais état, reste très imposante.
Du petit promontoire de l’église, le panorama vers l’Arménie porte jusqu’à l’imposant massif des monts Aragats.

La photo du petit

Au moment de quitter le site d’Ani, un jeune garçon nous a abordé. Il nous a demandé d’où l’on venait (comme partout en Turquie), puis de le photographier. Il a souhaité lui aussi prendre une photo. Et là, il a sa première photo publiée.

Les carrières de l’Arpaçay
Des carrières sur la rive arménienne de l’Arpaçay sont en cours d’exploitation – nous avons vu les camions chercher les granulats – juste au droit du site archéologique. Elles semblent récentes et postérieures à la période soviétique. L’Arménie a-t-elle tant besoin de matériaux de construction pour les extraire juste à cet endroit ? N’est-ce pas une (très) mauvaise réponse à son conflit avec la Turquie ? Est-ce que ce sont des fouilles (mais alors quels terrassements imposants et quelle quantité de déblais !) ?



Etendue des carrières avec Google.
Le monastère de Kozluca
Avant de voir Ani, Celil, notre guide, nous a fait visiter les ruines d’un ancien monastère arménien et géorgien, dans le village de Kozluca. La route est non goudronnée et s’arrête au village.
Un minaret, des maisons basses, dont beaucoup sont en ruines, quelques chevaux, des chiens et le monastère en ruine : un vague sentiment de désolation s’en dégage.
Nous faisons touristes (et nous le sommes), avec nos appareils photos.

Des enfants se sont rapprochés, et leurs mères aussi. Leur sourire nous a éclairé plus que le soleil vague et intermittent de cette journée.

Les ruines du monastère, gardées par les chiens, ne comportent encore qu’une partie du transept et du cœur. Mais les inscriptions sont magnifiquement conservées.

Un petit ruisseau et une maison à moitié en ruine séparent l’église du monastère. Le village se dépeuple, ici au pied du volcan éteint, loin de tout : les hommes sont partis à Kars, ou dans de plus grandes villes, chercher du travail.




































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